En à peine quatre ans d’existence, les plaques d’Ostrea équipent déjà le siège d’AXA, d’Engie, de Danone, France TV, des boutiques Christian Louboutin et même des bureaux et l’espace de réfectoire du Palais de l’Élysée. « Notre matériau, qui est un matériau d’aménagement d’intérieur et d’extérieur, permet d’être utilisé, en plan de travail, en comptoir de bar, hall d’accueil », se félicite le président Camille Callennec. C’est un écomatériau « made in France » constitué de 60 % de paillettes de coquillages et de 40 % d’une matrice minérale composée de poudre de coquillages, d’un liant hydraulique, de fibres naturelles, et de quelques adjuvants végétaux. Aucun liant pétrosourcé. Tout est parti d’un constat : chaque année en France, le secteur conchylicole produit près de 250 000 tonnes de coquilles, dont seulement 5 à 10 % sont recyclés. Le reste est enfoui. « Nous leur donnons une nouvelle vie en les intégrant dans notre matériau. 250 000 tonnes de déchets, c’est l’équivalent de ce que produit en un an une ville de 500 000 habitants. » Ce constat c’est Tanguy Blévin, le CFO, qui le fait. Son frère est ostréiculteur. Ils sont quatre au total – moyenne d’âge aujourd’hui 32 ans – à lancer Ostrea. Tanguy est un ami d’enfance de Camille Callennec qui travaillait chez Google en Irlande en 2020 avec Maxime Roux, le directeur marketing. Tous les deux avaient envie de monter une boîte ensemble plutôt avec un impact environnemental. Le dernier maillon est Théo Joy, le directeur technique, au départ en charge du laboratoire de fabrication des Beaux-Arts de Rennes. Au bout de deux ans de tests et de recherche, le produit est enfin lancé en 2022.
Solide comme du marbre
« Nous avons utilisé des techniques de fabrication qui demandent très peu d’énergie », annonce fièrement le CEO. D’ailleurs, l’analyse du cycle de vie (ACV) a été révélée à la fin de 2025 et Camille Callennec n’est pas peu fier du résultat : « En termes de poids carbone, on est à peu près cinq à quinze fois moins qu’un carrelage ou que du PVC. Sur l’aspect d’utilisation de ressources primaires ou d’utilisation de ressources en eau, on est 20 à 50 fois moins important. » De quoi participer activement à la décarbonation du bâtiment. Pour en arriver là, le process de fabrication suit principalement quatre étapes. La première, c’est la collecte des déchets et le traitement pour hygiéniser et standardiser la paillette de coquillages. Ensuite, il y a la fabrication de la pâte avec des minéraux, de l’eau et des coquillages. Cette pâte est ensuite coulée dans des moules en acier qui vont durcir pendant vingt-huit jours avant d’être immergée dans l’eau. Enfin, les plaques seront calibrées, polies et traitées pour pouvoir être utilisées sur les applications visées. Et c’est du solide. « Le matériau dispose des caractéristiques techniques semblables à celles d’une pierre naturelle. » Il faut d’ailleurs un marbrier pour le découper avec un disque diamant ou une découpeuse à jet d’eau.
Démocratiser cet écomatériau à base de coquillages
La jeune entreprise bretonne produisait l’an dernier 3 500 m² de produit. Cette année, la surface va tripler avant d’en sortir à terme des millions de mètres carrés. Il faut dire qu’entretemps l’équipe a fait l’acquisition d’une petite usine de presque 6 000 m² près de Rennes – rien à voir avec les locaux exigus des débuts. C’est peut-être là que les ennuis vont démarrer. Camille Callennec le reconnaît volontiers : « Passer à la phase industrielle ? C’est très difficile parce qu’un projet industriel fondé sur technologie de rupture, c’est extrêmement challengeant. Une boîte de tech, si elle s’est trompée, peut changer son outil de code. Une boîte de hardware, une fois qu’elle a acheté sa machine, elle ne peut pas la changer tout de suite ! » Sans compter les procédures de certifications. C’est aussi gourmand en argent. Mais Ostrea, qui a déjà réalisé deux opérations de financement pour plus de 6 millions d’euros, est bien soutenue depuis ses débuts par Bpifrance Amorçage Industriel (BAI) et BNP Paribas Développement ainsi que par la région Bretagne et Rennes Métropole. Des projets, la bande des quatre en a dans la tête. Déjà, démocratiser ces biomatériaux. Des discussions sont en cours avec des géants du BTP. Est-ce qu’un jour, on peut envisager d’autres matériaux ou déchets que des coquillages recyclés ? Camille Callennec reste mystérieux, mais clairement il y pense.
« En termes de poids carbone, on est à peu près cinq à quinze fois moins qu’un carrelage ou que du PVC. »
