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OPINEL, un objet du quotidien devenu monument culturel

Réalisé par FABRICE LUNDY

Photos LIONEL GUERICOLAS

Le succès d’Opinel repose sur une idée très simple : faire peu de choses, mais les faire durablement et correctement.

LUC SIMON :  directeur général d'Opinel

Son nom est dans le Larousse : « Entrer dans le dictionnaire, c’est une reconnaissance très forte : Opinel est devenu quasiment synonyme de couteau de poche », se félicite Luc Simon, son directeur général. Une saga familiale qui débute en 1890 dans le hameau de Gévoudaz, grâce à Joseph Opinel, fils et petit-fils de forgeron et taillandier. Il imagine un petit couteau de poche, simple et fonctionnel qu’il déclinera ensuite en plusieurs tailles numérotées de 1 à 12, le n°12, une lame de 12 cm. Un emblème gravé sur le manche : la Main bénissante de saint Jean-Baptiste figurant sur les armoiries de Saint-Jean-de-Maurienne, surmontée d’une couronne rappelant que la Savoie était un duché. Aujourd’hui, la famille est toujours au pouvoir avec François Opinel, arrière-petit-fils du fondateur.

Le célèbre couteau savoyard fêtera ses 140 ans en 2030 ! 6,5 millions sont fabriqués chaque année. Alors qu’est-ce qui fait sa longévité ? Luc Simon est intarissable. « Opinel, c’est probablement la sophistication ultime de la simplicité. Nous avons très peu changé le produit depuis 1890 parce qu’il était déjà remarquablement bien pensé avec, dès le départ, un design originel intemporel. »

Simple, fonctionnel et durable

Sa lame en acier carbone et acier inox, connue de tous, est en forme de yatagan. Le manche est en hêtre du Jura, lequel est surmonté de l’incontournable virole tournante. « Bien avant qu’on parle de durabilité, nous fabriquions déjà des objets faits pour durer », rappelle son dirigeant. C’est aujourd’hui un objet familier qui a su perdurer grâce à la qualité industrielle et à son ancrage français, mais aussi à « cette force d’avoir conservé un excellent rapport qualité-prix permettant de résister à la mondialisation ». 20 000 couteaux sortent chaque jour de l’usine de Chambéry, qui a dû s’agrandir (équipes de nuit et de week-end, de nouveaux ateliers et machines). « L’enjeu aujourd’hui est d’augmenter les volumes sans perdre notre exigence de qualité. » Si la robotisation a fait son apparition, la pose de la bague de sécurité tournante sur le manche reste manuelle.

Un objet ultra protégé

Un Opinel sur deux part à l’étranger. « Ce qui nous frappe, c’est que la simplicité d’Opinel parle à toutes les cultures. L’Europe du Nord et l’Allemagne progressent énormément et les États-Unis sont devenus un marché stratégique depuis la création de notre filiale en 2016 », constate son directeur général. Un succès interna- tional qui suscite des convoitises. Dès 1909, la marque avait été déposée. Près de 1 000 protections existent aujourd’hui. « Mais la meilleure protection d’Opinel reste son rapport qualité-prix. » Si la marque vit toujours intensément depuis presque cent quarante ans, c’est parce qu’elle est restée fidèle à son ADN de base : la coutellerie. « Nous faisons évoluer les usages sans toucher à l’âme du produit. Le couteau de poche n’a presque pas changé, mais des déclinaisons pour d’autres usages évoluent constamment– tire-bouchon, couteau à champignons ou à huîtres par exemple », précise Luc Simon. Elle a évidemment étoffé sa gamme sur plus d’un siècle : pour la nature, la cuisine, le jardin et même pour les enfants avec Mon Premier Opinel. « Nous voulons être présents dans tous les bons moments du quotidien. Opinel, c’est la convivialité et le plaisir d’être ensemble. Face à la digitalisation extrême, nous croyons encore aux objets qui reconnectent au réel. » Justement, ce qui est fascinant, c’est qu’un objet aussi simple continue de traverser les générations et de se transmettre au sein d’une famille. Luc Simon s’en souvient lui-même : « Offrir un premier couteau à un enfant, c’est souvent un rite de passage. Il y a derrière cet objet des souvenirs de pêche, ou de cuisine avec les grands-parents. L’Opinel transporte énormément de mémoire affective. » Qui dira le contraire ? En cette fin d’année, Opinel lance trois nouveaux couteaux dédiés à l’outdoor : un modèle ultra léger conçu pour l’alpinisme avec l’École nationale de ski-alpinisme, un couteau pensé pour la voile et un troisième modèle polyvalent équipé comme les deux autres d’un sifflet de survie. La marque renouvelle également les couleurs de sa gamme de couteaux de table « Bon appétit ».

« Le défi est toujours le même : rester simple même dans des produits techniques », conclut Luc Simon. L’histoire se poursuit donc. Et elle se raconte désormais sur Instagram ou TikTok. Il faut savoir vivre dans son temps.

« Entrer dans le dictionnaire, c’est une reconnaissance très forte : Opinel est devenu quasiment synonyme de couteau de poche. »

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ECO KEYS #11

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