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MÉDECINE PRÉVENTIVE

Réalisé par ÉTIENNE THIERRY-AYMÉ

ENTRE BILANS PREMIUM ET IA, LA SANTÉ EST DE PLUS EN PLUS PROACTIVE. QUAND SOIGNER, C’EST DÉSORMAIS PRÉVOIR OU, MIEUX ENCORE, PRÉVENIR, GRÂCE À CES NOUVEAUX ACTEURS…

Pendant des décennies, la médecine s’est définie par sa réactivité, soignant l’individu une fois les symptômes apparus. Aujourd’hui, une vague de nouveaux acteurs se fait une place dans le secteur de la médecine préventive (Lucis.life, Kor.care, Zoī.com…), à côté d’acteurs plus tradition- nels comme le Centre interprofessionnel d’études et d’examens médicaux (CIEM) qui propose un bilan de santé complet et individualisé aux cadres dirigeants d’entreprises de tous horizons dans le VIe arrondissement de Paris, ainsi qu’un accompagnement médical personnalisé. Des nouveaux entrants qui proposent une santé toujours plus proactive au travers de check-ups à 360°, associés à des plans d’action sur mesure et à des applications de suivi. Avec la promesse de fournir, à chaque individu, le « mode d’emploi » de son propre corps, grâce à l’analyse de mil- liers de données.

Une médecine au service d’une santé durable

Objectif : anticiper les risques chroniques, et ainsi optimiser durablement la qualité de vie. Ces services, non remboursés par l’Assurance Maladie, ciblent dans l’immédiat une clientèle plutôt haut de gamme et professionnelle, prête à investir dans son « capital santé ».

La jeune pousse Zoī par exemple – « vie » en grec –, fondée en 2022, propose différentes formules – comptez de 980 euros à 3 600 euros. La première d’entre elles, dite Pulse, comprend un bilan approfondi d’une heure et demie avec un examen d’imagerie avancée qui s’intéresse à votre structure osseuse et votre composition corporelle. « Des indicateurs importants pour prévenir l’obésité, le diabète, les maladies cardiovasculaires, ainsi que les troubles métaboliques », assure la start-up. Un scan qu’elle complète à l’aide de six examens fonctionnels, l’étude de 100 marqueurs biologiques, un plan d’action personnalisé, et douze mois d’accompagnement.

De son côté, Lucis.life propose de décrypter « votre biologie profonde », et de devenir votre « compagnon santé », moyennant une adhésion annuelle de 490 € ou 41 € par mois, accompagnée d’un suivi biologique approfondi de plus de 100 biomarqueurs.

Lancée en 2023, Kor promet, elle, de rendre la médecine proactive « accessible à toutes et tous, pour une vie plus longue, en meilleure santé », souligne sa cofondatrice et CEO, Sophie Agosta. Cette jeune pousse cible plus directement les organismes complémentaires santé des entreprises afin qu’ils l’intègrent à leur offre santé… « C’est gratuit pour les collaborateurs », précise Sophie Agosta. Mercer, Generali, Crédit Agricole Assurances… En seulement quelques années, plus de 8 000 entreprises et complémentaires ont rejoint la plateforme, qui s’appuie sur un comité d’experts – cardiologues, généralistes, gynécologues, infectiologues –, ainsi que sur un réseau de 2 000 laboratoires partenaires à travers la France.

Parmi ses clients, ITP Interpipe, spécialisée dans les pipelines, a choisi Kor en 2025. La start-up offrait exactement ce que l’entreprise cherchait : un outil accessible à tous, sans contrainte, capable de déclencher de vraies démarches santé. « L’approche digitale m’a paru intéressante, explique sa directrice QHSE, Céline Babault, et adaptée à notre population assez jeune. »

Par temps d’absentéisme qui explose, Sophie Agosta de rappeler l’importance pour les entreprises du sujet prévention, un véritable enjeu de performance… Près d’un salarié du privé sur trois a connu un arrêt de travail en 2025, selon l’édition 2026 de l’étude Malakoff Humanis. Le taux a même atteint un record historique de 4,3 % en 2025, soit une hausse de 25,5 % depuis 2019.

L’absentéisme coûte ainsi chaque année, à chaque entreprise, « environ 4 000 € par salarié », relève Sophie Agosta. 85 % des arrêts étant liés à des problèmes de santé. La CEO appuie égale- ment fortement sur les sujets d’attractivité et de marque employeur, largement scrutés aujourd’hui par les Codir, DRH… Mais aussi par les collaborateurs. 80 % des employés se disent en effet attentifs à la politique de santé et de bien-être de l’entreprise avant de « choisir de la rejoindre ou de la quitter », assure Sophie Agosta. Tandis que les cotisations an- nuelles des contrats santé collectifs obligatoires auraient augmenté de 7,3 % en 2025. La CEO de Kor souligne que « contrairement à d’autres pays, nous n’avons pas en France de réelle culture de prévention santé ». Le challenge actuel consistant « à s’appuyer sur les entre- prises pour toucher un maximum de collaborateurs ».

Alors, efficaces les bilans santé ? Cela reste « du calcul de probabilités modulables selon l’environnement dans lequel la personne évolue », modère la cheffe du service de santé publique au CHU de Poitiers, Marion Albouy. Elle pointe également le fait qu’être informé ne suffit pas non plus forcément « à pouvoir changer de comportement ». « Il faut aussi pouvoir éduquer et changer les environnements qui conditionnent les comportements. »

Chez ITP Interpipe, en seulement quelques mois, les bilans digitaux se sont multipliés, avec 80 actions concrètes déjà menées : bilans biologiques, dépistages, suivis dermatologiques ou encore consultations liées à la consommation d’alcool. Sans compter l’amélioration du mode de vie. Les salariés s’étant fixé de vrais objectifs : marcher 30 minutes par jour, réduire les graisses cachées, se remettre au sport… Un vrai tournant dans la manière d’aborder la prévention s’est ainsi déjà opéré. Avec, au-delà des bilans, leur traduction en actes.

 

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ECO KEYS #11

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