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L’HUMAIN AUGMENTÉ

Réalisé par ÉtIENNE THIERRY-AYMÉ

BIO-IMPRESSION DE PEAU HUMAINE, D’ORGANES… LES CHERCHEURS TRAVAILLENT À LA CRÉATION OU À LA RÉGÉNÉRATION DES ORGANES HUMAINS. COUP DE PROJECTEUR SUR TROIS PÉPITES FRANÇAISES DU SECTEUR…

Bryan Johnson, vous connaissez ? L’entrepreneur de la tech qui rêvait d’éternité, et pour cela de ralentir son propre vieillissement à coups de compléments alimentaires, de transfusions et de dizaines de millions de dollars… Vous êtes forcément tombés sur son histoire dans un reportage ou dans le documentaire diffusé l’an passé sur Netflix, « Don’t Die : L’homme qui voulait être éternel ». En dépit de ses efforts, début juillet, il a révélé souffrir d’une maladie auto-immune, la maladie de Biermer. Son estomac « se rongerait lui-même ». Un nouveau défi pour Bryan, cette maladie étant pour le moment considérée comme incurable par la médecine… « Je vais essayer de la soigner. Je partagerai tout », promet-il. On le croit. Loin de son désir d’immortalité, les chercheurs du monde entier travaillent déjà à une médecine régénérative, et à améliorer la bio-impression. Des technologies qui doivent permettre, un jour, d’imprimer des tissus ou des organes à la demande. Voici justement ce à quoi travaillent les trois jeunes pousses tricolores que nous avons rencontrées.

POIETIS BIOSYSTEMS

La précision laser

Au Bioparc Bordeaux Métropole qui regroupe, à l’échelle de la métropole, les projets liés aux secteurs des biotechnologies et de la santé, nous retrouvons Luc Milbergue, le président de Poietis Biosystems, entreprise pionnière en matière de bio-impression laser, dont il a repris les rênes en 2025. Cette start-up a été créée en 2014, à la suite d’un projet de recherche en bio-impression par le chercheur à l’Inserm, Fabien Guillemot, qui est aujourd’hui son directeur scientifique. L’entreprise a, depuis sa création, déposé 115 brevets dans une quinzaine de fa­milles différentes. Elle compte une équipe d’une dizaine de collaborateurs. Contrairement au modèle biotech, qui nécessite des investissements colossaux sur des temps très longs pour développer une solution thérapeutique, Poietis Bio­-systems se concentre, elle, sur la com­mercialisation de plateformes de bio­im­ pression. L’entreprise ne vise pas le « jackpot d’une thérapie propriétaire, mais a fait le choix stratégique de vendre ses machines, et d’accompagner ainsi scien­tifiquement les laboratoires et hôpitaux dans leurs propres recherches. « On est une MedTech, insiste Luc Milbergue. C’est-à-dire que nous proposons nos machines pour aider les chercheurs et l’industrie à travailler sur des sujets de recherche en ingénierie tissulaire. » La spécificité réside dans l’usage exclusif du laser pour positionner les cellules. « Nous sommes aujourd’hui les seuls au niveau mondial à commercialiser des bio-imprimantes intégrant un laser », affirme le président de Poietis Biosystems.

Là où les autres techniques comme l’extrusion – comparable à un dépôt mé­canique de filament – peuvent altérer le matériel biologique, le laser garantit, lui, une viabilité cellulaire supérieure à 90% vs environ 50% seulement pour ce pro­ cédé. Cette précision chirurgicale permet de recréer l’architecture complexe des tissus humains avec une fidélité et une fiabilité inégalées, condition sine qua non pour obtenir des tissus réellement fonc­ tionnels. Avec aujourd’hui deux grands débouchés. D’abord, la recherche, avec la plateforme NGB-R, qui a déjà séduit une dizaine de clients internationaux, trois aux États­-Unis et sept en Europe. Une bio­ im­primante laser qui permet de créer des tissus humains modélisés, offrant des résultats bien plus prédictifs que l’expérimentation animale, tout en répondant à des impératifs éthiques croissants. Second marché, celui des applications cliniques, avec la plateforme NGB-C, pour la médecine régénérative qui, « contrairement aux médicaments, ne visent pas à corriger le symptôme, mais bien à restaurer la fonction d’un tissu ou d’un organe défaillant », souligne Luc Milbergue. Poietis Biosystems mise ainsi, à terme, pour cela sur les greffes autologues : à partir d’un prélèvement minuscule (4 cm2) des propres cellules du patient, la machine imprimera un tissu vivant prêt à être implanté. Ce procédé élimine tout risque de rejet. Le projet le plus emblématique concerne la reconstruction cutanée pour les grands brûlés. En collaboration avec l’AP-HM (Assistance publique – Hôpitaux de Marseille), Poietis Biosystems a notamment validé une preuve de concept (POC) permettant de produire des tissus de 40 cm2 (8 cm par 5 cm). Les essais cliniques sur l’homme sont désormais imminents. Mais, l’horizon ne s’arrête pas à la peau. Un consortium réunissant la Fondation Rothschild et l’AP-HM travaille également sur le bio-printing de cornées. Malgré les défis techniques qui persistent, Luc Milbergue reste optimiste sur le calendrier : « Le terme, c’est un horizon d’environ deux à trois ans. » Demain, le cartilage ou même des fragments de foie pourraient suivre la voie ainsi ouverte, avec par conséquent des perspectives immenses pour les patients en attente de greffe. Poietis Biosystems se concentre aujourd’hui sur une mission concrète, insiste Luc Milbergue : « Aider les laboratoires, les universités, les hôpitaux à reconstruire et restaurer la fonctionnalité des organes défaillants.»

NETRI

Le spécialiste des puces

C’est au cœur du Biodistrict de Gerland, dans son usine de production, inaugurée en février 2025, que nous retrouvons Thibault Honegger, le PDG de la biotechNetri qu’il a cofondée en 2018. Contrairement aux biotechnologies classiques qui développent des médicaments, cette jeune pousse de 35 collaborateurs (chercheurs, biologistes, spécialistes du design de puces, data scientists et spécialistes IA…) conçoit les outils de rupture permettant aux industriels d’accélérer et de sécuriser leurs recherches. Installée sur trois étages, l’entreprise mise sur une intégration totale. Elle dispose pour cela de ses propres unités de production sur 1 100 m2, intégrant des zones blanches ISO 5 et des laboratoires P2.

Son savoir-faire consiste à proposer des organes sur puces, des dispositifs microfluidiques en silicone de la taille d’une carte de crédit. Ces puces ne sont pas de simples réceptacles : elles reproduisent l’architecture complexe du corps humain à une échelle microscopique. Un dispositif que la start-up propose déjà à une large palette d’industriels, dont certains présents à Gerland. En collaboration avec L’Oréal par exemple, via son laboratoire Episkin, Netri aide ainsi au développement des modèles de peau innervée. Ces outils permettent de prédire des sensations complexes, comme l’effet de grattage ou d’irritation induit par un actif cosmétique avant même les tests cliniques. L’entreprise travaille également avec la quasi-totalité du top 50 mondial du secteur pharmaceutique. Ses modèles sont en particulier cruciaux en oncologie pour étudier les effets secondaires des chimiothérapies. À terme, l’objectif étant de pouvoir tester plusieurs traitements sur les propres cellules d’un patient pour identifier celui qui sera le plus efficace pour lui. En neurologie, l’entreprise participe au diagnostic précoce des pathologies d’Alzheimer, en testant le liquide céphalorachidien de patients sur ses puces. Sa technologie est également utilisée par les laboratoires de l’Anses pour évaluer de manière réglementaire la toxicité des pesticides. Concrètement, ces « petites boîtes » compatibles avec les principaux automates de cultures cellulaires, se composent de trois compartiments isolés fluidiquement, mais reliés entre eux par des micro-canaux. « Dans l’un, on cultive des neurones, détaille Thibault Honegger ; dans l’autre, des cellules d’organes cibles : peau, foie, cornée… » Il poursuit : « Les neurones étendent leurs connexions à travers ces canaux pour innerver les cellules cibles, créant ainsi le modèle le plus proche de la physiologie humaine réelle. Les neurones agissent alors comme des capteurs biologiques ultra sensibles, traduisant les réactions cellulaires en signaux électriques. » Couplée à l’intelligence artificielle (IA), cette technologie transforme ces données en « empreintes numériques » permettant alors aux chercheurs de tester les effets d’une molécule ou d’un candidat médicament… Lauréate de France 2030, Netri a doublé son activité en 2024-2025 et prévoit d’atteindre la rentabilité à l’horizon 2028.

METEOR BIOPRINTING

La bio-impression par extrusion

À Strasbourg, le spécialiste en bio-ingénierie médicale, Adrien Rousselle, peau- fine le projet ambitieux de sa start-up, Meteor Bioprinting. Soutenu par l’Université de Strasbourg, la Société d’accélération du transfert de technologies, la SATT Conectus et l’unité Inserm 1121 (Bioma- tériaux & Bioingénierie), il cherche à améliorer la technique de la bio-impression par extrusion, « la plus facile à mettre en place », promet-il.

L’extrusion ? C’est l’impression 3D appliquée aux cellules vivantes. Le procédé consiste à créer des filaments à partir d’un hydrogel contenant des cellules, déposés couche par couche pour former une structure 3D complexe. On utilise soit des cellules souches, soit directement celles du patient pour limiter les risques de rejet. Adrien Rousselle collabore déjà avec la chirurgienne-pédiatre du CHU de Strasbourg, la professeure Isabelle Talon, afin de développer un néo-diaphragme pour lutter contre la hernie diaphragmatique congénitale (HDC), une maladie rare et grave chez l’enfant : l’idée étant d’imprimer des cellules sur une membrane biodégradable pour permettre à l’organe de se régénérer.

La principale difficulté technique reste la vascularisation. « Aujourd’hui, on parvient à imprimer des structures simplifiées, mais on est encore très loin d’imprimer des organes complexes vascularisés comme le cœur, précise-t-il. Dès qu’on passe la centaine de microns d’épaisseur, il n’y a plus assez d’oxygénation des cellules. »

Prochaine étape ? Avant la greffe d’organes, la technologie doit servir à créer des modèles 3D ou des « organes sur puces » pour tester des médicaments de manière individualisée. Ce qui permettra d’accélérer la recherche tout en réduisant les tests sur les animaux. Adrien Rousselle de ne pas faire l’impasse non plus sur les questions éthiques : « Bien sûr qu’on se demande jusqu’où aller. Notre but est de soigner, pas de créer des clones ou de viser l’immortalité », conclut-il.

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ECO KEYS #11

Cet article est un extrait, vous pouvez commander la Revue Eco Keys pour le retrouver en intégralité.

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