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Reportage

Le réservoir d’eau de Montsouris

Réalisé par NICOLAS PELÉ

Quel étrange mystère se cache sous l’immense butte de gazon encadrée par la rue de la Tombe-Issoire, l’avenue René-Coty, l’avenue Reille, et la rue Saint-Yves, dans le 14e arrondissement de Paris ?
Un site stratégique ultra protégé interdit au public le réservoir de Montsouris. Quelle est son histoire? Comment fonctionne-t-il ?

Partons à la découverte de cette véritable cathédrale de l’eau, de sa splendide citerne souterraine au toit-terrasse, véritable corridor écologique de la biodiversité, en passant par la grotte du réservoir, la chambre des vannes et le splendide lanternon Art nouveau. L’occasion de découvrir l’eau potable de Paris, ses vertus et les moyens de contrôle de la qualité, ainsi que les initiatives pour encourager le zéro plastique à Paris.

L’histoire du réservoir de Montsouris

Le réservoir de Montsouris fut édifié à la fin du XIXe siècle, sous l’impulsion du baron Haussmann et de l’empereur Napoléon III. Jusqu’à cette époque, les Parisiens buvaient tout simplement l’eau de la Seine… La construction débute en 1869, année de l’inauguration du parc Montsouris voisin, qui lui donnera aussi son nom, et s’achève en 1874.

Ce chef-d’œuvre architectural fut réalisé par l’ingénieur Eugène Belgrand, à qui l’on doit notamment les égouts de Paris, l’impressionnant pont-aqueduc de la Vanne à Arcueil-Cachan (bien connu des usagers du RER B) et les fontaines Wallace. Le réservoir de Montsouris est l’un des cinq principaux réservoirs de stockage d’eau de la ville de Paris. Ce n’est pas le plus ancien ni le plus grand, mais c’est le plus prestigieux et le plus connu, par ses qualités architecturales et ses mystères.

C’est dans ce joyau architectural du XIXe siècle aux allures de citerne antique que se cache sous bonne garde un tiers de la consommation d’eau potable des Parisiens. Bâti sur d’anciennes carrières, le réservoir de Montsouris abrite 203000 mètres cubes d’eau – l’équivalent de 80 piscines olympiques –, et fut pendant longtemps la plus grande réserve d’eau potable du monde !

Un patrimoine hydraulique d’exception

En pénétrant à l’intérieur, on comprend pourquoi cet endroit unique est surnommé « la cathédrale de l’eau ». 1 800 piliers soutiennent une multitude de voûtes et d’arcades. L’eau est si pure et limpide qu’elle rappelle un lagon polynésien, excepté la température : 12 °C!

La grotte du réservoir

Sur la droite en entrant, on remarque d’étranges aquariums aménagés dans une paroi en faux rochers : il s’agit des truitomètres, qui servaient autrefois à tester la qualité de l’eau à l’aide de truites très sensibles aux pollutions. Si la truite montrait des signes d’affaiblissement, l’eau était alors considérée comme polluée et dirigée vers l’égout. L’usage des truitomètres fut stoppé en 1996 et remplacé par les analyses en laboratoire. Ainsi est née la légende des truites de Montsouris !

La chambre des vannes sous le lanternon Art nouveau

Point névralgique qui commande l’arrivée des eaux à Montsouris, la chambre des vannes se cache sous le lanternon principal, charmant édifice de style Art nouveau. Deux bassins accueillent l’eau acheminée par l’aqueduc du Loing, du Lunain et de la Voulzie. Cette eau jaillit depuis des canalisations verticales en fonte, nommées tulipes, avant d’être dirigée vers les  différents compartiments du réservoir.

En levant les yeux, on admire un plafond aux armoiries de la ville de Paris et sa fameuse devise, fluctuat nec mergitur, « Il est battu par les flots, mais ne sombre pas ». Sont aussi mentionnées les sources qui ont successivement alimenté le réservoir de Montsouris : Vanne (1874) qui passe par l’impressionnant aqueduc d’Arcueil-Cachan, Loing et Lunain (1900) en provenance de Fontainebleau, et enfin Voulzie (1925) en provenance de Provins. Aujourd’hui, la source de la Vanne n’alimente plus le réservoir.

Le parcours de l’eau

L’approvisionnement provient de la Seine, de la Marne et d’eaux souterraines, dont certaines jaillissent naturellement, captées parfois à plus de 150 kilomètres de Paris, aux confins de la Normandie, de la Bourgogne et de la Champagne.

Tout au long de son trajet, l’eau circule de façon gravitaire, s’écoulant lentement, grâce aux quelques centimètres de dénivelés pour chaque kilomètre qui suffisent à créer la pente nécessaire. Protégée de l’air, elle conserve ainsi la température initiale de sa source. À l’abri de toute pollution et de la chaleur du soleil, l’eau est ainsi stockée dans la chambre des vannes sous le lanternon du réservoir de Montsouris, avant d’être distribuée dans les quartiers bas de Paris, c’est-à-dire ceux qui longent les berges de la Seine. 

Le toit-terrasse : corridor écologique de la biodiversité

Parsemé de vannes, le toit-terrasse du réservoir culmine à 25 mètres, la hauteur standard d’un immeuble haussmannien. Entièrement laissé à la nature, ce terrain de trois hectares, près de quatre fois celui du Stade de France, est un réservoir de la biodiversité ! Plus de 200 000 abeilles dans quatre ruches ont élu domicile dans ce corridor écologique, produisant 40 kilos de miel par an : le réputé miel de Montsouris. Eau de Paris gère cet espace naturel de façon écologique, permettant à la biodiversité de se développer. Toute utilisation de pesticides est bien sûr proscrite. Cette grande prairie naturelle constitue un refuge pour les insectes, notamment pollinisateurs, mais aussi pour les oiseaux.

Une eau potable très contrôlée

En France, on consomme 8,7milliards de litres d’eau en bouteille plastique par an. 8millions de tonnes de plastique finissent dans les océans chaque année: une calamité pour l’environnement ! Un geste simple et écolo permet d’aider à inverser la tendance à Paris : boire l’eau du robinet, naturellement riche en calcium et en magnésium. Cette eau stockée dans cinq réservoirs aux portes de Paris, dont l’impressionnante « cathédrale de l’eau » de Montsouris, jouit d’une qualité irréprochable. 

Les moyens de contrôle de la qualité

Le laboratoire d’analyses d’Eau de Paris emploie 50 experts dans des domaines comme la microbiologie, la chimie minérale et la chimie organique. Ce laboratoire est notamment chargé de l’autosurveillance sur les ressources aux points de captage, à la sortie des réservoirs et dans le réseau de distribution parisien.

Plus de 350 000 analyses sont ainsi réalisées chaque année afin de garantir en permanence la conformité de l’eau. Cette expertise d’Eau de Paris est accréditée par le Comité français d’accréditation (COFRAC), tandis que le laboratoire est référent « Biotox-Eaux » pour la zone de défense d’Île-de-France au sein du réseau national des laboratoires Biotox-Piratox.

Premier laboratoire public de recherche sur l’eau potable en France, il possède des équipements de pointe (séquenceur, plateforme de biologie moléculaire…).

Les initiatives prises
pour encourager le zéro plastique

1. L’Action Tank du Paris de l’eau zéro déchet plastique

Afin de lutter contre la pollution plastique et favoriser la généralisation de la consommation d’eau du robinet et des fontaines, Eau de Paris a lancé en 2019 l’Action Tank du Paris de l’eau zéro déchet plastique.
L’objectif est d’accompagner une population parfois réfractaire à l’idée de boire de l’eau du robinet et de l’encourager à changer ses habitudes. Pour aider à mettre en œuvre cet ambitieux projet, de nombreux partenaires sont mobilisés, comme la RATP ou encore le groupe Accor. Exemple concret: Novotel Paris Centre Tour Eiffel a mis en place des bars à eau et supprimé les bouteilles en chambre.

L’Action Tank rassemble une trentaine de partenaires publics et privés autour de six comités thématiques : hôtellerie et restauration, évènements sportifs et culturels, établissements scolaires et hospitaliers, usages dans l’espace public, administrations et bureaux, commerces de vente à emporter. Son ambition? Faire de Paris une ville zéro déchet plastique à horizon 2024, c’est-à-dire au moment des Jeux olympiques, puis d’anticiper la fin progressive de tous les emballages en plastique jetables d’ici à 2040.

2. Les fontaines Eau de Paris

Eau de Paris, qui est un service 100% public, compte 1 200 points d’eau potable dans la rue dont 17 fontaines pétillantes délivrant une eau potable gazéifiée (on a juste ajouté du gaz carbonique sous pression) qui surprend plus d’un passant, ne voyant pas de différence avec l’eau de célèbres marques ! D’ici les Jeux olympiques de 2024, 50 nouvelles fontaines verront le jour dans les rues de Paris : des Mât Source®. Dernière-née des fontaines à boire parisiennes, cette nouvelle génération de fontaine est facilement accessible, aux enfants comme aux personnes à mobilité réduite. L’occasion de remplir sa gourde en toute simplicité. En bonus, un système de brumisation pour un effet îlot de fraîcheur garanti !

Boire de l’eau de Paris, c’est faire un geste pour la planète et réduire la pollution des océans. Reste à convaincre… les Parisiens et les touristes ! Pour les sceptiques, sachez qu’aucun autre aliment n’est davantage contrôlé.

 

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