Son métier : l’aménagement sur mesure grâce à l’IA appliquée à la logistique. Depuis Épinal, Mélanie Glibusic, qui a imaginé ce Tetris industriel à grande échelle, est partie d’un constat qui l’a effrayée : « On continue de consommer nos ressources naturelles pour construire de nouveaux bâtiments. C’est un département français qui est artificialisé tous les mois à l’échelle mondiale. » C’est une évidence : chaque mètre carré compte. La jeune cheffe d’entreprise le clame après avoir découvert, choquée, dans son département d’enfance – l’Ain – comment un morceau de forêt un jour avait disparu pour faire de la place à un nouveau parc d’activités industriel.
« Mon déclic, cela a été de comprendre qu’on pouvait faire beaucoup mieux avec l’existant. Construire un bâtiment neuf consomme énormément de ressources naturelles. Le bâtiment le plus écologique est souvent celui qu’on n’a pas besoin de construire. À un moment, il faut arrêter de penser uniquement “construction” et commencer à penser “optimisation”. Notre planète n’est pas extensible. »
Une amoureuse de l’industrie
Mais pas question pour elle de céder à l’écologie punitive et à la décroissance. L’équation est claire – pas forcément simple : comment faire avec ce qu’on a déjà, tout en continuant à se développer et rester productif ?
En 2018, à 25 ans, elle lance MGIB, son cabinet d’ingénierie spécialisé dans l’optimisation des espaces industriels et logistiques. Ne vous fiez pas à son jeune âge, car Mélanie Glibusic n’est pas une dé- butante. Son parcours, sa passion, la pré-destinaient naturellement à se plonger dans l’industrie. « Je suis tombée amoureuse de l’industrie très jeune. Là où certains voyaient quelque chose de sale ou d’ingrat, moi je voyais de l’ingéniosité et de la transformation. Transformer une matière première pour créer un produit, je trouve ça fascinant. C’est un univers extrêmement subtil, complexe et passionnant. »
Le goût des process
Et elle le prouve très jeune… Elle n’a que 16 ans, quand elle commence à travailler comme opératrice sur presse à Oyonnax dans l’Ain, au cœur de la plasturgie française. Emmitouflée dans la voiture familiale sur le parking de l’usine, elle attend patiemment que sa mère termine son poste de nuit pour enchaîner à l’aube, à son tour. « La culture industrielle fait partie de mon quotidien depuis l’enfance. Cet environnement m’a donné très tôt le goût des process industriels et de l’innovation terrain. »
Sa recette : T-TRIS, une technologie qui va trouver les meilleures combinaisons de rangement et proposer des millions de solutions logistiques afin de densifier les stocks et optimiser les espaces sans agrandir les bâtiments. « Aujourd’hui, gérer un entrepôt, c’est un problème mathématique extrêmement complexe. » En effet, chaque entrepôt est unique.
Un trésor caché
Pour chacun de ses clients, avec l’aide de caméras haute définition doublées d’une observation terrain, MGIB va concevoir un jumeau numérique des lieux, créer en quelque sorte une réplique virtuelle afin de tester différentes configurations et simuler les flux et le stockage en imaginant et visualisant tous les objets tels que rayonnages, plateformes, étagères et mezzanines. « Les entrepôts et usines sous-exploitent leurs espaces de 40 % en moyenne. Ils sont une immense réserve de performance cachée. Notre métier consiste à révéler la valeur cachée des espaces logistiques », explique la dirigeante vosgienne. MGIB, labellisée Jeune Entreprise innovante (JEI) et Coq Vert BPI, a déjà accompagné environ 150 projets industriels et logistiques en huit ans. Cela représente des millions de mètres carrés optimisés ou évités.
« Nous faisons gagner de l’espace, de l’argent et du CO2 en même temps, parce que derrière chaque entrepôt mal organisé, il y a des coûts cachés énormes. » La PME lorraine se donne comme objectif de transformer des mètres carrés sous-utilisés en performance industrielle. « L’objectif est simple : sortir un colis au coût le plus faible possible en le réduisant par exemple de 4€ à 2€. » Et cela parle aux directions financières. Parmi ses gros clients : Renault, Intermarché, Dalkia ou Manuloc.
Mélanie Glibusic a de belles ambitions, elle qui, depuis Épinal, sillonne la France. « Nous voulons transformer notre expertise en véritable plateforme logicielle et devenir le leader européen du logiciel d’optimisation des espaces industriels et logistiques. » Vous connaissez le proverbe : « La valeur n’attend point le nombre des années », Pierre Corneille (1606-1684).
« À un moment, il faut arrêter de penser uniquement “construction” et commencer à penser “optimisation”. »
