Difficile de ne pas croiser ses longs camions verts aux lettres jaunes et blanches qui sillonnent les routes de Bretagne. Certains roulent même en bioGNV, du gaz breton : Guyot Environnement est devenu en quarante ans un acteur incontournable du recyclage et de la valorisation des déchets sur la façade atlantique.
Erwan Guyot, son président, rap- pelle qu’aux débuts de l’aventure en 1983, il y a Michel Guyot, ferrailleur, totalement autodidacte, qui fonde Brest Récupération pour collecter les métaux. Ferrailleur… un métier un peu tabou au départ, à tel point que le petit Erwan ne devait pas en faire mention à l’école, mais parler de son père comme d’un « industriel en recyclage de produits sidérurgiques. » « Je ne savais pas trop ce que ça voulait dire. » Toujours est-il que, dans la tête du fondateur, il y a cette vision claire, affirmée : « Mon père était un entrepreneur visionnaire. Il voyait dans les déchets une ressource quand beaucoup n’y voyaient encore qu’un problème. Il a compris très tôt que le déchet avait une valeur. »
L’indépendance en guise d’ADN
Son autre credo : l’indépendance. Une véritable obsession qui conduit Michel Guyot à tout internaliser, en se dotant de ses propres outils industriels afin de rester agile. Un broyeur, puis des poids lourds. « Maîtriser les process, c’est aussi maîtriser son avenir », rappelle son fils désormais à la tête d’un groupe de 600 salariés.
De la simple collecte de métaux, Guyot élargit ensuite son périmètre pour couvrir aujourd’hui les métaux ferreux et non ferreux, le bois, les cartons et papiers, les plastiques, le verre et le plâtre récupérés auprès de professionnels, de collectivités et de particuliers. Extension géographique aussi puisqu’en plus de Brest, le groupe est installé aussi au-delà de Rennes et Nantes, dans les Côtes-d’Armor et à Bilbao dans le Pays basque espagnol. « Notre force, c’est notre vision industrielle du recyclage, explique fièrement Erwan Guyot. Nous avons gardé l’esprit industriel de nos fondateurs tout en développant les métiers du recyclage de demain. »
Une activité portée à la fois par la réglementation qui a imposé des standards d’exigence, par l’état d’esprit des citoyens qui ont compris que le recyclage est une activité essentielle et par les pro- grès faits pour donner aux déchets une seconde vie. « Chaque année, de nouvelles solutions de valorisation apparaissent, se félicite le président. Nous avons développé des filières pour le plâtre, la laine de roche, les menuiseries ou les gravats. Le plastique reste encore notre principal défi, davantage pour une question de prix que pour des raisons technologiques. »
La collecte de déchets, c’est bien, mais au siège brestois, on a compris aussi très tôt que l’avenir était aussi dans la valorisation. Cap de plus en plus sur l’énergie avec une politique du « zéro en- fouissement ». « Transformer les déchets en énergie est une suite logique de notre métier », affirme celui qui fait monter en puissance sa filiale Guyot Énergies, en construisant des chaufferies alimentées par des combustibles bas-carbone à par- tir du tri des déchets non recyclables. Deux projets d’usines sont en cours : l’une sur le port de commerce de Brest qui fournira de l’électricité pour approvisionner un fabricant de tourteaux de soja ; l’autre dans les Côtes-d’Armor, une chaufferie biomasse à partir de bois en « fin de vie » qui apportera de la chaleur, servant à la fabrication du Fromage Fouetté Madame Loïk et des poudres de lait infantile.
Produire localement
Les idées ne manquent pas à Erwan Guyot qui se fait épauler, depuis 2026, par le fonds régional Épopée Gestion, qui lui apporte 30 millions d’euros. Son cofondateur Ronan Le Moal le justifie : « Le plan stratégique de Guyot correspond parfaitement à notre volonté de faire émerger dans les territoires éloignés des grandes métropoles, des champions industriels, y compris sur le plan européen. » « Nous avons en effet développé des solutions énergétiques à partir de ressources qui étaient auparavant exportées. Nous vou- lons produire localement une énergie locale, insiste Erwan Guyot à la tête de cette ETI profondément ancrée dans sa région. Nous voulons créer de la valeur sans déplacer les ressources à l’autre bout de l’Europe. Le recyclage est devenu une industrie stratégique pour la souveraine- té des territoires. »
Mais philosophe, Erwan Guyot s’interroge : « Pour créer une usine, nous sommes confrontés malheureusement à un temps administratif qui n’est plus compatible avec l’urgence industrielle. »
« Nous avons gardé l’esprit industriel de nos fondateurs tout en développant les métiers du recyclage de demain. »
