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DEMAIN, PLUS DE CANCERS ?

Réalisé par ÉtIENNE THIERRY-AYMÉ

CANCERS DE LA PROSTATE, DU SEIN… SI CERTAINS CANCERS PEUVENT DÉSORMAIS S’APPARENTER À DES MALADIES CHRONIQUES, QU’EN SERA-T-IL DEMAIN POUR L’ENSEMBLE DES TUMEURS ?

À l’Institut Curie, la recherche fait feu de tout bois, avec un même horizon, parvenir un jour à « un monde sans cancers incurables » : nouvelles trithérapies dans les cancers du sein, les plus agressifs, thérapies ciblées pour lutter contre les mélanomes de l’œil, télésurveillance pour le suivi du cancer du poumon – le plus fréquent chez l’homme après celui de la prostate, le troisième chez la femme, après le cancer du sein et le cancer colorectal… Selon la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES), le service ministériel en charge des statistiques en santé, le cancer reste en effet la première cause de mortalité en France, « chez les hommes comme chez les femmes », devant les maladies cardioneurovasculaires. Mais, « la mortalité par tumeur continue de baisser ». À l’exception néanmoins des tumeurs du pancréas, du poumon, ou encore des bronches et de la trachée chez les femmes. « Dans les quinze à vingt ans, on devrait mieux personnaliser et individualiser les traitements en fonction de chaque patient », souligne, à Angers, le professeur Mario Campone, directeur de l’ICO, l’Institut de cancérologie de l’Ouest, membre du réseau Unicancer qui réunit les 18 Centres de lutte contre le cancer (CLCC) de France. « On travaille aujourd’hui sur le dépistage, les risques… » Car, expose-t-il, « tout le monde n’a pas les mêmes probabilités de développer un cancer ». Les équipes de recherche de l’ICO s’intéressent ainsi, à l’aide de modèles mathématiques, « aux facteurs génétiques, à l’environnement du patient, aux agents chimiques auxquels il peut être exposé ou encore à ses habitudes alimentaires », poursuit l’oncologue, spécialiste reconnu du cancer du sein. Mario Campone l’assure : « Demain, on guérira de plus en plus de cette maladie », y compris pour celles dont le pronostic vital se compte aujourd’hui « en mois, voire en semaines ». On devrait réussir ainsi, espère-t-il, à ce que de plus en plus de cancers « deviennent des maladies chroniques, comme l’est devenue l’hypertension ». En étant plus efficient sur l’analyse et les traitements, cela devrait en outre permettre une meilleure maîtrise des coûts de santé… Le directeur de l’ICO évoque également le sujet de la prévention primaire, c’est-à-dire le fait de réduire les facteurs de risque et l’intérêt de la vaccination : « Quand vous vaccinez contre le HPV, par exemple, comme en Australie, vous supprimez ce type de cancers. » Même constat pour le foie, avec le vaccin contre l’hépatite B…

Au CHU de Rouen, le professeur Pierre Michel s’avère, lui, un peu plus prudent. « Poser la question, pourquoi pas. Affirmer que tous les cancers seront un jour derrière nous, c’est osé », estime ce spécialiste des maladies de l’appareil digestif. Sachant que les révolutions à venir concerneront d’abord, selon lui, « de petites niches de patients ». Il poursuit : « Que la recherche en amont ait cette ambition, c’est très bien. Mais j’ai suffisamment de recul, pour vous dire que lorsqu’on voit la difficulté et le temps nécessaire pour obtenir des résultats, ce n’est malheureusement pas pour tout de suite. » L’hépato-gastro-entérologue insiste : « Le souci lorsqu’on porte ce type de message, c’est qu’on suscite énormément d’espoir chez les patients et leur famille. » Or, si pour un certain nombre de cancers (prostate, sein…), les choses évoluent positivement, pour d’autres, on reste encore loin du compte… Et d’enfoncer le clou : « Quand j’entends par exemple que l’on vient de découvrir un traitement “révolutionnaire” aux États-Unis en matière de cancer du pancréas, certes, il devrait pouvoir doubler la médiane de l’espérance de vie, mais celle-ci va passer de six mois… à douze mois seulement. » Une « révolution » ex- trêmement limitée, donc. Et, avant même de parler de traitement, poursuit-il, « le dépistage reste encore bien souvent compliqué ». Certains cancers sont toujours difficilement détectables, et certains organes plus difficiles à examiner que d’autres avec des conséquences parfois importantes sur l’ensemble de l’organisme. De donner pour exemples : les cancers du pancréas, de l’œsophage ou encore de l’estomac… Tumeurs et cancers ? « Des maladies qui sont généralement inhérentes au vieillissement, et aux erreurs qui surviennent dans le contrôle qualité de nos cellules », rappelle le Pr Pierre Michel. Des maladies que l’on rencontre par conséquent principalement dans la seconde partie de la vie, lorsque les mécanismes de réparation de l’organisme deviennent moins efficaces. Un constat partagé par Mario Campone : « En Europe, près d’un cancer sur deux est lié au vieillissement de la population. » Or, cette tendance ne va pas, en tout cas pas tout de suite, s’inverser. Selon la Commission européenne, les plus de 65 ans représenteront près de 30 % de la population d’ici à 2050, vs environ 20 % aujourd’hui. Autrement dit, même si la prévention progresse, même si le tabac et l’alcool reculent, l’alimentation et l’environnement s’améliorent, et si les traitements gagnent en efficacité, le nombre absolu de cancers devrait continuer à augmenter sous l’effet du vieillissement démographique de la population. Alors, demain, plus de cancers ? Probablement, non. Mais davantage de cancers guéris, mieux détectés, mieux prévenus et mieux contrôlés, certainement oui.

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ECO KEYS #11

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