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AU SERVICE DE LA SANTÉ

Réalisé par ÉTIENNE THIERRY-AYMÉ

AIDE AU DIAGNOSTIC, TRAITEMENT, PRÉVENTION, SANTÉ MENTALE… L’INTELLIGENCE ARTIFICIELLE S’IMMISCE DORÉNAVANT PARTOUT DANS LE PARCOURS DE SOIN.

Le mardi 5 mai 2026 avait lieu à l’Académie nationale de médecine, à Paris, en partenariat avec le Massachusetts Institute of Technology (MIT), une séance entière dédiée aux applications de l’IA en santé. Avec ce même préalable posé sur les deux rives de l’Atlantique : si les outils d’IA sont devenus aujourd’hui « inévitables » dans la pratique médicale, ils ne remplaceront jamais le travail des médecins ni des chercheurs. L’IA « augmente les capacités humaines ». Diagnostic, traitement, prévention… de l’imagerie ultra précise à la gestion des troubles du sommeil, plongée au cœur de cette révolution algorithmique, où l’IA devient, chaque jour, un peu plus, le nouvel assistant santé.

MÉDECINE AUGMENTÉE

Une meilleure prise de décision

Binôme L’apport de l’IA est aujourd’hui particulièrement massif dans les spécialités basées sur l’image, comme la radiologie, la dermatologie ou encore l’ophtalmologie. Le consensus scientifique actuel décrit ces outils comme des assistants de haut vol, capables de traiter une masse d’informations. Daniela Rus, la directrice du laboratoire d’IA du MIT, illustre cette synergie entre l’homme et la machine, par un exemple particulièrement éclairant : un système d’IA qui analyse seul des cellules cancéreuses affiche un taux d’erreur de 5,5 %, contre 3,5 % pour un pathologiste humain. Mais, lorsque les deux collaborent, ce taux chute de manière spectaculaire à 0,5 % ! Cette « augmentation » des capacités humaines doit permettre au clinicien de se libérer des tâches répétitives pour se concentrer sur les aspects les plus singuliers de son métier : à savoir la décision complexe et l’empathie. Le chirurgien Bernard Nordlinger, président de la commission Science numérique et intelligence artificielle à l’Académie nationale de médecine, insiste, lui, sur le fait que le temps gagné grâce à la machine « doit être utilisé pour mieux connaître chaque patient ». Une alliance qui impose une vigilance constante… Les modèles d’IA, s’ils sont fluides, ne possèdent pas en effet de notion intrinsèque de la vérité. Ils fonctionnent sur des statistiques et peuvent ainsi produire des « hallucinations », très dangereuses en contexte médical. La responsabilité finale doit ainsi demeurer celle du médecin, car lui seul possède « le monopole du soin » et la capacité d’interpréter un résultat en fonction du contexte familial, social et environnemental de chaque patient. C’est ce qu’a rappelé, le 22 avril 2026, dans un avis, le Syndicat national des dermatologues-vénéréologues (SNDV) : « Aucun dépistage par intelligence artificielle ne doit être pratiqué sans être directement supervisé par un dermatologue. » Le SNDV ajoute : « On ne traite pas un cancer avec un algorithme, on le traite avec un médecin spécialiste en dermatologie, intégré dans un parcours de soins structuré. »

CHIRURGIE 3D…

L’image au service du geste

Caméras La révolution algorithmique transforme aussi le bloc opératoire. L’un des enjeux majeurs de la chirurgie mini-invasive – qui consiste, pour opérer, à insérer caméras et instruments chirurgicaux grâce à des incisions de petite taille, afin de permettre au chirurgien de guider et de manipuler ses instruments, à l’aide d’écrans de contrôle, à l’intérieur du corps humain – résidait, jusqu’à présent, dans la difficulté de naviguer en 3D avec une vision 2D limitée. Grâce aux récents travaux en imagerie médicale et navigation 3D, explique la professeure, au MIT, Polina Golland, l’IA permet d’aligner et de fusionner les scanners préopératoires avec des images radio en temps réel, offrant une sorte de GPS anatomique d’une précision milli- métrique. La force de cette approche réside dans la capacité de l’algorithme à s’ajuster à l’anatomie de chaque individu, ce qui permet d’intervenir sur des zones ultra fragiles, comme le cerveau d’un nourrisson, en mesurant en temps réel l’impact de chaque geste. En cardiologie, la quête de précision passe, elle, par la création de jumeaux numériques, et de contrôleurs plus intelligents notamment pour les pompes cardiaques.

PRÉVENTION ALGORITHMIQUE

Anticiper plutôt que guérir

Alerte L’apport du couple data et IA ne transforme pas seulement le soin, il investit aussi l’amont et la prévention, comme le souligne le professeur Étienne Minvielle, directeur du Centre de recherche en gestion (CRG) de l’École polytechnique. Avec un basculement d’une « médecine réactive », à une approche plus proactive, grâce à la « prévention algorithmique », décrypte-t-il, qui utilise des données massives pour prédire le risque d’insuffisance cardiaque ou de cancer… En croisant par exemple des données cliniques, génétiques et comportementales issues de capteurs quotidiens (montres connectées, bagues, etc.), l’IA est ainsi capable de détecter les signaux faibles annonciateurs d’une maladie, bien avant que ne surviennent les premiers symptômes. En oncologie notamment, des programmes comme « Interception », développés par le centre de lutte contre le cancer Gustave Roussy, cherchent à identifier les individus à risque de développer un cancer, en interceptant, avant son développement, « le processus de formation de la tumeur ». Objectif : proposer à ces patients une prévention personnalisée et une meilleure prise en charge. Un programme qui vise également, à plus long terme, à développer de nouveaux modes de dépistage et de prévention du cancer. Si le retour sur investissement de telles approches ciblées est « mécaniquement plus efficient » que la prévention classique, en population générale, le défi principal demeure aujourd’hui leur adoption par les médecins.

AGENTS CONVERSATIONNELS

Troubles du sommeil et addiction

Avatar En santé mentale, l’IA se développe et s’incarne en particulier à travers « des agents conversationnels ou avatars animés » capables de dépister « les troubles du sommeil ou la dépression », explique le professeur Pierre Philip. Le sommeil constitue en effet « un biomarqueur initial sur lequel, si on agit, on peut réduire l’expression de la maladie mentale », poursuit le chef du service de médecine universitaire du sommeil au CHU de Bordeaux. Chez les dormeurs réguliers, relève-t-il, il y a ainsi « deux fois moins de sujets déprimés que chez les dormeurs irréguliers ». Des outils de repérage précoce qui ont l’avantage de pouvoir être déployés largement et facilement, sans mobiliser des ressources humaines supplémentaires, qui viennent généralement à manquer. C’est ainsi que l’Université et le CHU de Bordeaux, et le CNRS ont développé l’application Kanopée, à télécharger sur son smartphone, sur laquelle l’utilisateur peut échanger avec deux avatars animés, Louise et Jeanne, afin d’obtenir un bilan rapide de la qualité de son sommeil ou de ses différentes consommations (alcool, tabac, écrans…). En fonction de ses réponses, Jeanne ou Louise lui fixeront alors un agenda avec des solutions personnalisées pour améliorer la qualité de son sommeil ou réduire ses consommations problématiques. Deux avatars avec lesquels il pourra continuer ensuite de dialoguer afin d’évaluer ses progrès ou ses difficultés. « La clé de la réussite de ces nouveaux compagnons virtuels en santé mentale réside dans l’alliance de la tech- nique et de l’empathie artificielle », sou- ligne le professeur Pierre Philip. Le déterminant majeur de la confiance que l’on peut en effet développer vis-à-vis de ces agents, « sont leurs deux pieds : la crédibilité… mais aussi la bienveillance ». Des qualités finalement très humaines.

 

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ECO KEYS #11

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